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L'aspartame à nouveau dans le collimateur des scientifiques
Des scientifiques et des médecins du réseau environnement santé réclament une diminution des doses d'aspartame autorisées dans les produits alimentaires.
Le débat sur l'aspartame est de nouveau relancé. Cet édulcorant de synthèse se retrouve dans plus de 6.000 produits, notamment dans les produits sucrés allégés, du type boisson gazeuse. Depuis plusieurs médecins, scientifiques et politiques accusent les autorités sanitaires européennes d'avoir fixé la dose journalière admissible d'aspartame, sans disposer d'études concrètes sur le sujet.
Plusieurs professionnels de santé ont lancé dernièrement un appel pour « déconseiller aux femmes enceintes de consommer quotidiennement des édulcorants intenses pendant la grossesse », jugeant que leur innocuité n'est pas suffisamment établie. « Nous assistons à une remise en cause du principe de précaution. Les industriels utilisent de nouveaux produits chimiques, notamment les édulcorants, alors que les tests scientifiques n'ont pas démontré leur innocuité pour la santé. Sur l'aspartame, il faut que les pouvoirs publics prennent leurs responsabilités », insiste le Dr Laurent Chevallier, nutritionniste et membre du Réseau environnement santé (RES).
Des études incomplètes sur les risques
Après l'affaire du Mediator, le RES estime qu'il s'agit d'un « nouveau dysfonctionnement du système de sécurité sanitaire » et réclame que l'on baisse drastiquement la dose journalière autorisée (DJA). A l'heure actuelle, celle-ci est fixée en Europe à 40 mg/kg de poids corporel. Selon l'association, de nouvelles études font apparaître des risques, notamment pour la femme enceinte.
L'agence sanitaire européenne de l'alimentation (Efsa), qui définit les normes pour l'Europe, a reconnu ne pas disposer des études ayant servi à définir l'actuelle DJA de cet édulcorant. « Les agences de sécurité sanitaire ne remplissent pas leur mission », souligne André Cicolella, président du RES. Selon lui, l'Efsa se serait uniquement basée sur la décision de l'agence américaine pour l'alimentation (FDA), qui reposerait elle même sur des études qui n'auraient pas été effectuée « selon les règles ».
Des indications sur l'étiquetage
Le député PS Gérard Bapt, rapporteur de la mission Santé à la commission des Finances, a déclaré qu'il allait « opérer un contrôle » sur la manière dont l'agence de sécurité sanitaire de l'alimentation (Anses) a donné son accord pour fixer la dose « sur la base d'un avis européen non documenté ». L'élue européenne Corinne Lepage a quant à elle obtenu la prise en compte d'un amendement prévoyant la mention « contient de l'aspartame » sur l'étiquetage des produits concernés. De son côté, l'association internationale des producteurs d'édulcorant (Isa) s'est insurgée contre l'amendement envisagé par la Commission européenne qui ne repose, selon elle, sur « aucune justification scientifique » et qui peut, en revanche, « avoir un impact sur la confiance du public. »

